Les Nomades de l’Éther : Louis Vuitton Automne Hiver 2026

Pour cette collection Automne Hiver 2026, Nicolas Ghesquière nous embarque dans un voyage sur les sommets des massifs enneigés.
il nous transporte vers la solitude blanche des cimes, là où le luxe rencontre la survie.

Le décor est avant tout un hommage à Louis Vuitton : né à Anchay, un petit village dans le Jura.
C’est de ces montagnes qui l’ont vu grandir que le petit Louis, balluchon au bout d’un bâton et des rêves pleins le coeur, a entamé un exode vers Paris.

L’aspect « pixelisé » est une métaphore de la manière dont la technologie (le présent de Ghesquière) redessine la nature sauvage (le passé de Louis).
Le thème SUPER NATURE explore comment le vêtement répond aux paysages et aux éléments. C’est une fusion entre le folklore traditionnel et un futurisme sculptural.

« Plus qu’une simple évasion rurale, cette collection fonctionne comme une conversation entre la mémoire et ce qui nous attend. »

– Nicolas Ghesquière

Le vestiaire du Berger

Pour comprendre la vision de Nicolas Ghesquière pour cette collection Automne-Hiver 2026, il faut regarder vers des cultures où le vêtement est une architecture de survie. Les coupes font écho à plusieurs héritages de haute altitude : il ne s’est pas contenté de faire du « vêtement de randonnée de luxe ». Il est allé chercher l’essence même du peuple des montagnes, ce que les anthropologues appellent parfois la « culture de l’altitude ».

decryptage :

look 1

Les bergers de Géorgie ou du Daghestan portent la Nabadi, une immense cape de feutre de laine rigide, très large aux épaules, qui les fait ressembler à des monolithes noirs sur la montagne. le vêtement devient une architecture rigide contre le vent.

look 3

Les cavaliers du Caucase (une région montagneuse entre la mer Noire et la mer Caspienne), portent la Burka : une cape rigide en laine de mouton. Elle est conçue pour évacuer la pluie, protéger du vent glacial et servir de tente pour dormir à la belle étoile.

look 4

Les bergers Gilani portaient un vêtement appelé « Bashlaq », une longue étoffe tissée (châle en laine). Le jour, ils portaient un vêtement appelé « Kolagir », en feutre et sans manches, et la nuit, un autre vêtement appelé « Shola ».

look 9

Depuis de nombreuses années, le vêtement traditionnel des bergers de Transcarpathie est et demeure la gunya-kotsovanya. Certes, aujourd’hui, on ne trouve plus ce vêtement que dans quelques villages transcarpathiques. La gunya-kotsovanya protège parfaitement de la pluie et de la neige et tient bien chaud même par grand froid. Sa fabrication est complexe, mais le résultat justifie le long et difficile travail accompli.…

look 19

Le « Papakha » et les toques de Mongolie : Ces chapeaux massifs en laine ou en fourrure (souvent de mouton Karakul) sont fabriquées à partir de peau de mouton Karakul ou de mouton local à laine longue. On choisit des peaux où la laine est naturellement bouclée ou très drue. La peau est traitée pour rester souple mais la base est souvent renforcée par une doublure en toile rigide pour que le chapeau ne s’affaisse jamais, même sous la pluie ou la neige.

Pour « lire » ce défilé, il ne suffit pas d’aimer la mode ; il faut une culture de l’altitude.
Ghesquière sur cette collection ne fait pas de l’appropriation, mais de l’appréciation culturelle : quand l’artiste reconnaît ses sources et les utilise pour nourrir un dialogue créatif, plutôt que pour simplement « décorer » une collection.
Il échantillonne les coupes des peuples montagnards : ces experts de la survie, pour habiller le voyageur de demain.

On peut regretter que le grand public, privé des clés de lecture nécessaires, se soit arrêté au seuil de l’esthétique pure en ne retenant que l’offense visuelle.
Le recul a manqué à ceux qui n’ont vu, dans ce défilé, qu’une succession de dissonances. Le verdict populaire fut sans appel : l’esthétique a été sacrifiée.

Mais au-delà du beau et du laid, n’est-ce pas la mission première de l’artiste que de susciter un vertige ?
Mais n’est-ce pas là le triomphe de la création ? Provoquer une émotion, qu’elle soit grâce ou tourment, c’est arracher le spectateur à son indifférence.
Que l’on soit transporté par l’émerveillement ou piqué par la frustration, l’œuvre a rempli sa promesse : elle nous a forcés à ressentir.

Face à une mode qui se veut de plus en plus accessible et immédiate, Vuitton fait le pari de la complexité.
Une mode qui exige une intelligence du regard : celle qui sait que pour avancer, il faut savoir d’où l’on vient.
Sommes-nous encore capables de regarder un vêtement comme on étudie une civilisation ? Ou sommes-nous devenus trop paresseux pour voir le génie derrière la géométrie ?